{"id":4097,"date":"1981-12-12T17:59:35","date_gmt":"1981-12-12T17:59:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pierre-miserez.ch\/?p=4097"},"modified":"2013-12-12T18:26:35","modified_gmt":"2013-12-12T18:26:35","slug":"avec-pierre-miserez-prodigieuse-fantaisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pierre-miserez.ch\/?p=4097","title":{"rendered":"Avec Pierre Miserez: Prodigieuse fantaisie"},"content":{"rendered":"<p><strong>Tribune de Lausanne<br \/>\n<\/strong>samedi 12 d\u00e9cembre 1981<\/p>\n<p><strong>Samedi dernier, il pr\u00e9sentait son &#8220;One Man Seul&#8221; au Th\u00e9\u00e2tre des jeunes d&#8217;Orbe. Un spectacle d&#8217;une prodigieuse fantaise, instaurant une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec le public. Or, apr\u00e8s l&#8217;avoir rod\u00e9 pendant plus d&#8217;un an \u00e0 travers toute la Suisse, Pierre Miserez va se confronter, 15 jours durant, au public genevois de la Salle Pito\u00ebff, \u00e0 l&#8217;enseigne du Nouveau th\u00e9\u00e2tre de poche. Une nouvelle \u00e9tape du jeune artiste chaux-de-fonnier, qui a de fortes chances d&#8217;aller tr\u00e8s loin.<\/strong><\/p>\n<p>Pierre Miserez, c&#8217;est d&#8217;abord un regard sur le monde. Une fa\u00e7on unique d&#8217;observer et de ressentir, comme sont celles de Zouc ou de Bernard Haller &#8211; et le rapprochement ne para\u00eet certes \u00a0pas exag\u00e9r\u00e9, m\u00eame si Miserez n&#8217;as pas encore le m\u00e9tier de tels grands personnages. Mais l&#8217;important me semble tenir, pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 cette saisie tout \u00e0 fait originale de la r\u00e9alit\u00e9, qui se module ensuite dans un langage humoristique d&#8217;une exceptionnelle vari\u00e9t\u00e9. Car Pierre Miserez mime, chante en s&#8217;accompagnant de la guitare et de l&#8217;accord\u00e9on, travaille ses textes avec un sens remarquable des effets comiques du langage, et compose toute une mosa\u00efque de s\u00e9quences entre lesquelles court le m\u00eame fil rouge de cette voix \u00e0 transformation. Voix de Beuchat, qui revient \u00e0 tout moment. Une sorte de Jurassien moyen, un peu born\u00e9 et ronchonneur, mais \u00e0 la fois le provincial de partout, ou disons le quidam ahuri, cousin du brave soldat Chwe\u00efk ou de Charlot, des paum\u00e9s de Chaval ou de l&#8217;\u00e9ternel clown. Mais d&#8217;o\u00f9 vient-il, ce Beuchat?<\/p>\n<p><em>&#8220;Beuchat? C&#8217;est un peu mon double. Je l&#8217;ai toujours senti en moi. Il m&#8217;aide \u00e0 exprimer mes propres contradictions. Je vois bien sa mesquinerie, mais je ne le trouve pas moins attachant.&#8221;<\/em><\/p>\n<p>Ou bien, voici que Leonard Cohen se tra\u00eene sur sc\u00e8ne avec sa guitare pleureuse. Mais \u00e0 peine esquiss\u00e9 l&#8217;irr\u00e9sistible parodie, voil\u00e0 que Miserez d\u00e9rive. Et d&#8217;ailleurs il ne fait que \u00e7a tout le long: d\u00e9river pour se laisser aller au langage second de sa po\u00e9sie sous-jacente et de son d\u00e9lire. Ainsi de l&#8217;effrayant po\u00e8me que le gosse r\u00e9cite devant l&#8217;arbre de No\u00ebl, qui tourne \u00e0 la charge corrosive, au pamphlet contre la f\u00eate d\u00e9natur\u00e9e.<\/p>\n<p>Ou entre, cette voix poignante d&#8217;accord\u00e9oniste d\u00e9rivant dans sa nuit minable \u00e0 la Carco. Ou cette autre enfin ordonnant la manoeuvre de parade antiatomique, conforme \u00e0 telle proc\u00e9dure ubuesque&#8230;<\/p>\n<p>L\u00e0-dessus, comment ces s\u00e9quences sont-elles constitu\u00e9es? <em>&#8220;C&#8217;est un tr\u00e8s long travail. Tout \u00e7a donne peut-\u00eatre l&#8217;impression de la spontan\u00e9it\u00e9, mais en r\u00e9alit\u00e9 le moindre d\u00e9tail est pr\u00e9vu au quart de poil. Dans un premier temps, je fais des improvisations en fonction des id\u00e9es que m&#8217;ont donn\u00e9es mes observations. Et ensuite, je travaille avec un oeil ext\u00e9rieur, j&#8217;ai besoin de \u00e7a, jusqu&#8217;\u00e0 ce que la sc\u00e8ne forme un tout organique et vivant.&#8221;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Jean-Louis Kuffer<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tribune de Lausanne samedi 12 d\u00e9cembre 1981 Samedi dernier, il pr\u00e9sentait son &#8220;One Man Seul&#8221; au Th\u00e9\u00e2tre des jeunes d&#8217;Orbe. Un spectacle d&#8217;une prodigieuse fantaise, instaurant une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec le public. Or, apr\u00e8s l&#8217;avoir rod\u00e9 pendant plus d&#8217;un an \u00e0 travers toute la Suisse, Pierre Miserez va se confronter, 15 jours durant, au public genevois de la Salle Pito\u00ebff, \u00e0 l&#8217;enseigne du Nouveau th\u00e9\u00e2tre de poche. Une nouvelle \u00e9tape du jeune artiste chaux-de-fonnier, qui a de fortes chances d&#8217;aller tr\u00e8s loin. Pierre Miserez, c&#8217;est d&#8217;abord un regard sur le monde. Une fa\u00e7on unique d&#8217;observer et de ressentir, comme sont celles de Zouc ou de Bernard Haller &#8211; et le rapprochement ne para\u00eet certes \u00a0pas exag\u00e9r\u00e9, m\u00eame si Miserez n&#8217;as pas encore le m\u00e9tier de tels grands personnages. Mais l&#8217;important me semble tenir, pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 cette saisie tout \u00e0 fait originale de la r\u00e9alit\u00e9, qui se module ensuite dans un langage humoristique d&#8217;une exceptionnelle vari\u00e9t\u00e9. Car Pierre Miserez mime, chante en s&#8217;accompagnant de la guitare et de l&#8217;accord\u00e9on, travaille ses textes avec un sens remarquable des effets comiques du langage, et compose toute une mosa\u00efque de s\u00e9quences entre lesquelles court le m\u00eame fil rouge de cette voix \u00e0 transformation. Voix de Beuchat, qui revient \u00e0 tout moment. Une sorte de Jurassien moyen, un peu born\u00e9 et ronchonneur, mais \u00e0 la fois le provincial de partout, ou disons le quidam ahuri, cousin du brave soldat Chwe\u00efk ou de Charlot, des paum\u00e9s de Chaval ou de l&#8217;\u00e9ternel clown. Mais d&#8217;o\u00f9 vient-il, ce Beuchat? &#8220;Beuchat? C&#8217;est un peu mon double. Je l&#8217;ai toujours senti en moi. Il m&#8217;aide \u00e0 exprimer mes propres contradictions. Je vois bien sa mesquinerie, mais je ne le trouve pas moins attachant.&#8221; Ou bien, voici que Leonard Cohen se tra\u00eene sur sc\u00e8ne avec sa guitare pleureuse. Mais \u00e0 peine esquiss\u00e9 l&#8217;irr\u00e9sistible parodie, voil\u00e0 que Miserez d\u00e9rive. Et d&#8217;ailleurs il ne fait que \u00e7a tout le long: d\u00e9river pour se laisser aller au langage second de sa po\u00e9sie sous-jacente et de son d\u00e9lire. 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